Coeur De Lilas : Fréhel
Dans la maison la plus vieille du faubourg,
Tout près des toits, jolie comme les amours,
Chantant toujours et riant aux éclats,
Elle fut choisie comme Reine du jour,
Et souveraine, elle partit au matin,
Dans une auto, en robe de satin...
Sur le trottoir, les vieilles du quartier,
Lui murmuraient en la voyant passer :
Coeur de lilas
Ta beauté fait battre tous les coeurs,
Tous les bonheurs,
Dans le monde, on te les offrira
Mais n'y crois pas
Car là-bas, les plaisirs sont trompeurs,
Le vrai bonheur,
C'est chez nous, mon p'tit Coeur de lilas
Les cartes postales, les théâtres, les journaux,
Le monde entier, r ‘produisit ses photos,
Et dans la loge le soir à l'Opéra,
On venait voir Coeur de Lilas
Pendant ce temps, au fond du vieux faubourg,
Lui, le premier, qui lui parla d'amour,
Son p'tit voisin, un gamin de vingt ans,
Pleurait tout seul la fin de son roman...
Désespéré, regardant son portrait,
Joignant les mains, tout bas il soupirait :
Mais un beau soir, en rentrant d'travailler,
Quelqu'un chantait dans sa chambre à côté
Et tout surpris, en tremblant il frappa :
Comment, c'est toi, Coeur de Lilas ?
Mais oui, c'est moi, dit-elle en souriant,
Tu me regardes, je suis faite comme avant,
Que cherches-tu ? Mes toilettes, mes bijoux,
Tu as cru ça ? Serais-tu devenu fou ?
Va, ne crains rien, je suis digne de toi,
Viens m'embrasser, comme au temps d'autrefois
Coeur de lilas
Pour un jour, a fait battre les coeurs,
Tous les honneurs,
Dans le monde on me les prodigua.
Je n'y crois pas
Car là-bas, les plaisirs sont trompeurs,
Mon vrai bonheur,
C'est d'rester ton p'tit Coeur de Lilas